Loading...

1680, Nunc Dimittis…

Accueil / Biographie  / 1680, Nunc Dimittis…

« Aujourd’hui, vingt-cinquième de juillet de la même année 1680, Dieu m’a fait la grâce d’achever mon livre du Coeur Admirable de la très sacrée Mère de Dieu. O sacrosancta Trinitas, Aeterna vita cordium, Cordis Mariae sanctitas : In corde regnes omnium. Amen » 1

 

Sur ces lignes, s’achève le Mémorial des bienfaits de Dieu. Jean Eudes est maintenant un vieil homme. Malgré les difficultés des dernières années (disgrâce puis pardon du roi, calomnies, etc.), Jean Eudes est un homme de l’action de grâces. Sans doute songe-t-il aux six séminaires qu’il a vu naître et qui servent activement les diocèses ; sans doute regarde-t-il avec confiance les candidats qui viennent frapper à la porte de la nouvelle Congrégation ; sans doute encore pense-t-il, avec une certaine tendresse, aux maisons de Notre-Dame de Charité… il a encore quelques quatre semaines  à vivre. Face à la mort qui vient, il a eu la force de terminer cet énorme livre (qui paraîtra en 1681, ouvrage difficile, mais débordant d’amour et de lyrisme, qui s’intitule  Le Cœur Admirable de la Très Sacrée Mère de Dieu. Même si la qualité littéraire du livre et sa composition d’ensemble laissent parfois un peu à désirer, l’essentiel n’est pas là : ce livre est un chant, un testament, un monument émouvant jusque dans ses longueurs et ses lourdeurs : « nunc dimittis » d’un être éperdu de reconnaissance envers Jésus et Marie…

En jalonnant quelques grandes étapes de la vie du P. Eudes, nous avons fait connaissance avec un homme qui est bien de son siècle et de son terroir. Nous avons rencontré un chrétien avec ses faiblesses et sa fragilité. Mais nous avons surtout découvert, en ce simple prêtre normand, un être qui a vécu Dieu à cœur ouvert, un frère qui a ouvert à deux battants son propre cœur à l’immensité de l’amour de Dieu. Ébloui par le mystère de l’Incarnation, par le courage et la splendeur du Oui de Jésus , de Marie, et de tous ceux qui marchent à  leur suite et laissent déployer en eux la vie nouvelle dans l’Esprit-Saint, Jean Eudes s’est ouvert et exposé pleinement à la grâce ; et voilà qui a transformé son humanité, son caractère, son psychisme. Mais ce qui l’a façonné, lui, ce qu’il a pressenti et découvert du mystère de Dieu dans ce symbole-source qu’est le Cœur, il n’a pas voulu le garder pour lui : Jean Eudes est auteur du culte liturgique des Cœurs de Jésus et de Marie, et cela n’est point allé sans quelque inspiration divine (« non sine divino afflatu« , selon l’expression de Pie X). il a fait la preuve qu’il n’est pas la dévotion privée, lorsqu’elle est authentique, qui ne soit digne d’être offerte à tous, et, donc, d’être versée au trésor commun de l’Église.

Saint Jean Eudes est cet homme à la fois solide et vulnérable, qui s’efforce humblement d’ouvrir sa vie à l’amour de Dieu pour accomplir sa très douce volonté 2. Il est aussi cet homme qui trouve sa joie à vivre en Église l’amour filial auquel Jésus nous associe tous, et sa Mère en premier, Jean Eudes reste encore aujourd’hui pour nous un frère aîné. Lui aussi a entendu et mis en pratique la parole à jamais étonnante de Jésus : » quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère » (Mc3, 35).

  1. Mémorial des bienfaits de Dieu, n°105, OC XII. p.135.
  2. Voir le portrait dressé par Mgr. C. Guillon en conclusion de son livre, En tout la volonté de Dieu, Saint Jean Eudes à travers ses lettres, Paris, Cerf, 1981, pp.156-158