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1601-1625 | Naissance et formation

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Le 31 mai 1925, en même temps que Jean-Marie Vianney, le saint curé d’Ars, l’Église canonise Jean Eudes :  «  Surnaturels, austères, exigeants, infatigables, ces deux prêtres de France, issus de la campagne, apôtres des campagnes, paraissaient aussi deux contemporains. Près de deux siècles pourtant les séparaient.»1 En pleine campagne normande, à Ri, au sud de Caen, Jean Eudes est né, la même année que Louis XIII en 1601, le 14 novembre. La tradition retient l’énergie et la piété de ses parents, paysans aisés, bons paroissiens et dévots pèlerins de Notre-Dame de la Recouvrance, aux Tourailles, (près d’Argentan) où, après trois ans de stérilité, ils « offrent et donnent à Notre-Seigneur et à Notre-Dame»2 ce premier enfant, l’ainé de sept. Durant ses premières années, relativement paisibles et simples dans la vie rurale, un événement, dont il parlera plus tard dans son journal 3, marque Jean Eudes. C’est sa première communion, un jour de Pentecôte, il a douze ans. Il écrira : « J’ai commencé à connaitre Dieu », et dans le même élan, il décide de consacrer son corps par le vœu de chasteté.

Le jeune Jean est saisi par le mystère de Dieu, et il consent à se laisser conduire jusqu’à la prêtrise et au-delà. À quatorze ans, il est envoyé à Caen chez les Jésuites, envers lesquels il gardera une grande reconnaissance. Il y  fait de solides études et, après la philosophie, il prolonge par un enseignement en théologie.

En 1622, s’installent à Caen les membres d’une communauté nouvelle, l’Oratoire de Jésus, fondé par Pierre de Bérulle en 1611. Dans cette communauté d’un type nouveau, des prêtres séculiers mènent une vie de prière, de travail intellectuel et de service pastoral avec une ferveur et un enthousiasme qui impressionnent les gens. Jean Eudes décide d’y entrer. La veille de Pâques, le 25 mars 1623, le futur Cardinal de Bérulle accueille à Paris, rue Saint-Honoré, ce Normand de vingt et un an. Dans la capitale, loin des bocages normands, le jeune provincial découvre la vitalité intellectuelle et la quête spirituelle du XVIIè siècle français, à l’image du salon parisien de Madame Acarie, cousine de Bérulle, qui a vu se rencontrer l’évêque de Genève, François de Sales, le fondateur des prêtres de la Mission, Vincent de Paul et d’autres grandes figures de ce début du siècle, tel le capucin Benoît de Canfeld (représentant de « l’École abstraite » de spiritualité) ou encore le jésuite Coton… Jean Eudes, proche de Bérulle, profite de ce riche foisonnement spirituel : il a le même désir d’entraîner les hommes et les femmes de son temps vers la sainteté ; il a la même conviction que l’Évangile doit s’incorporer à la trame de l’existence : chaque instant de la vie, chaque action, chaque pensée, doivent être référés au Seigneur.

à l’Oratoire, Jean Eudes trouve une Congrégation sacerdotale dans la ferveur de ses débuts ; on n’y fait aucun vœu de religion : les obligations liées à l’ordination des prêtres et à la vie de communauté tracent la voie de la perfection ; avant d’être prêtre chacun apprend à tout référer à Dieu par Jésus-Christ 4, fils de Marie. C’est aussi une communauté extrêmement vivante où la recherche théologique – on y lit avec ferveur la Bible et les Pères de l’Église – attire des jeunes gens de grande qualité et enthousiastes à travailler au renouveau de l’Eglise, à mettre en lumière ce trésor central de la foi le « Verbe fait chair »… « Jésus, le vrai soleil et le vrai centre du monde », autour duquel tout gravite (Bérulle). Il a la chance de profiter de l’enseignement de Pierre de Bérulle, mais aussi de son successeur, Charles de Condren, qui le marque profondément. Jean Eudes acquiert ainsi les solides fondements de la doctrine bérulienne, toute centrée sur le Christ, qu’il va prêcher pendant cinquante-cinq ans, en lui donnant une expression très personnelle, tout aussi radicale, mais plus simple, plus concrète et plus pastorale. Le 20 décembre 1625, Jean Eudes est ordonné prêtre. Des problèmes de santé obligent le nouvel ordonné à demeurer à Aubervilliers durant deux années qu’il met à profit pour poursuivre son travail théologique et approfondir sa vie spirituelle par des lectures et une pratique forte de l’oraison.

statue de saint Jean Eudes, église de Ri (Orne, France)
  1. C. Berthelot du Chesnay, Saint Jean Eudes. Textes choisis. Namur, Eds. du Soleil Levant, 1958, p.6 ss.
  2. OC. 12, p.104
  3. Jean Eudes tient un journal personnel, intitulé Le Mémorial des Bienfaits de Dieu qui nous est parvenu et qui permet de resituer la manière dont il interprète des événements importants de sa vie. Cf. OC. 12, pp.103-135
  4. Jean Eudes fait le voeu de servitude à Jésus le 25 mars 1624 et le vœu du martyre le 25 mars 1637.