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1648 et 1672 | Inauguration du culte liturgique des Coeurs de Marie et Jésus

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Marie, modèle de la vie chrétienne : à Jésus... en Marie.

Dans son journal personnel 1 -intime- Jean Eudes relit les moments importants de son existence. il aime se rappeler « les faveurs reçues de Dieu par son Fils Jésus-Christ, Notre Seigneur et par sa très Sainte Mère. » Marie occupe une place déterminante dans toute sa vie 2, et beaucoup des grands événements vécus sont marqués au coin par une référence mariale 3. Certains auteurs, comme Paul Milcent 4, parleront, avec nuances, d’expérience spirituelle forte, si ce n’est mystique 5, ou d’une grâce mariale : 

« Que ce cœur sacré de ma très chère Marie soit l’âme de mon âme et m’esprit de mon esprit ; que ce cœur aimable soit le principe de ma vie et de toues mes pensées, paroles, actions, sentiments et affection »  6

On observe de fait au long de l’histoire que beaucoup d’amis de Dieu ont vécu une familiarité, une communication vivante avec la Vierge Marie 7. On peut citer outre saint Bernard et saint Louis-Marie Grignon de Montfort, Ignace de Loyola, Alphonse de Liguori, Jean-Marie Vianney mais aussi les fondateurs de congrégations mariales tels Jean-Claude Colin (fondateur des Maristes, 1790-1875) et Guillaume-Joseph Chaminade (fondateur des Marianistes, 1761-1850). Celui-ci écrivait : « il est un don de présence habituelle de la Sainte Vierge, comme il est un don de présence habituelle de Dieu, très rare il est vrai et accessible seulement à une grande fidélité » 8.

Jean Eudes, formé à l’école de Bérulle 9, a appris à ne jamais séparer Marie de son Fils Jésus. Celui qui s’ouvre à l’expérience de Dieu peut, si Dieu le veut, connaître vitalement l’oeuvre de sa grâce dans les créatures – et spécialement dans le chef-d’oeuvre qu’est Marie. Le mystère de l’Incarnation s’est accompli en Marie, avec sa coopération libre et aimante. De Cana au Calvaire, la Mère de Jésus fut mystérieusement présente à toutes les manifestations de la gloire du Fils Unique. L’Esprit peut manifester à qui contemple le mystère du Verbe incarné à quel point « la Mère de Jésus est là ». Il peut faire en sorte que ce soit en elle et par elle que s’accomplisse l’union intime avec Jésus. Ainsi Jean Eudes écrit :

« Il nous faut regarder et adorer son Fils en elle, et n’y regarder et adorer que lui. Car c’est ainsi qu’elle veut être honorée, parce que d’elle-même et par elle-même elle n’est rien, mais son Fils Jésus est tout en elle : il est son être, sa vie, sa sainteté, sa gloire, sa puissance et sa grandeur. Il faut le remercier pour la gloire qu’il s’est rendue à soi-même en elle et par elle ; nous offrir à lui et le prier qu’il nous donne à elle, et qu’il fasse en sore que toute notre vie et nos actions soient consacrées à l’honneur de sa vie et de ses actions ; qu’il nous fasse participants de l’amour qu’elle lui a porté et de ses autres vertus ; et qu’il se serve de nous pour l’honorer, ou plutôt pour s’honorer soi-même en elle, en la manière qu’il lui plaira. » 10

Pour saint Jean Eudes, expérience spirituelle et vie apostolique sont intimement liées et, dans ses missions, il n’a de cesse de présenter Marie comme le prototype, l’exemplaire de la vie chrétienne. On peut relire le fait que fut célébré, en premier (1648) le culte du Cœur de Marie, puis celui du Cœur de Jésus (1672), comme le signe d’un approfondissement au fil des années, de la connaissance du Christ à la suite de Marie. La vraie dévotion à Marie, pour Jean Eudes, fait grandir dans le cœur des baptisés la vie et l’amour du Christ :

« Le Fils de Dieu nous a donné le Cœur de sa très chère mère qui n’est autre que le sien, pour être notre vrai Cœur, afin que les membres n’aient point d’autre cœur que leur chef, et que nous servions et aimions Dieu, avec un Cœur qui soit digne de Lui. » 11

Son apostolat témoigne de son ardeur à faire connaître et aimer la Vierge Marie 12. Avec les yeux de la foi, il invite chacun à regarder la Vierge Marie comme le modèle parfait de la vie chrétienne, qu’il définit comme la continuation de la vie du Christ : « former Jésus en nous« . Marie est aussi celle qui accompagne chacun de son amour maternel.

« Comme elle a porté et portera éternellement son Fils Jésus dans son Cœur, elle a porté et portera à jamais dans ce même Cœur tous les saints membres de ce divin Chef, comme ses enfants bien-aimés et comme le fruit de son cœur maternel, dont elle fait une oblation continuelle à la divine Majesté » 13

Missionnaire mais aussi formateur de prêtres, Jean Eudes, dans le sillage de Jean-Jacques Olier et de Vincent de Paul, souligne souvent la place de Marie dans la vie spirituelle des prêtres, comme pasteurs du peuple chrétien. Il aime à évoquer cette « alliance » du prêtre et de la Vierge Marie, alliance dont il fait lui-même l’expérience dans son ministère et sa vie 14:

Les prêtres ont une alliance spéciale avec la très sainte Mère de Dieu. Car, comme le Père éternel l’a rendue participante de sa divine paternité, et lui a donné pouvoir de former dans son sein le même Fils qu’il fait naître dans le sien, ainsi il communique aux prêtres cette même paternité, et leur donne puissance de former ce même Jésus dans la sainte Eucharistie et dans les cœurs des fidèles. » 15

A la suite de Marie, les prêtres participent ainsi, par leur ministère, à cette grâce de « mettre au monde » le Christ dans la vie des hommes et de former Jésus dans le cœur des croyants. 16

  1. Le Mémorial des bienfaits de Dieu. OC. 12, pp.103-135
  2. Jean Eudes rédigea 3 ouvrages sur la Vierge Marie : La dévotion au Très Sacré Cœur et au Très Sacré Nom de la Bienheureuse Vierge Marie (1648, OC. 8), l‘Enfance admirable de la Très Sainte Mère de Dieu, ou l’Éducation des filles sur le modèle de cette Enfance admirable (1676, OC. 5) et finalement la « somme » de toute son expérience et de sa réflexion mariale, Le Cœur admirable de la Très Sacrée Mère de Dieu (1681, OC. 6-7-8), terminé quelques semaines avant sa mort.
  3. ainsi, par exemple, la date du 25 mars – fête de l’Annonciation et « jou du mystère de l’Incarnation » -est une date-clef pour Jean Eudes : date du voeu de servitude à Jésus et à sa très sainte Mère (1624), date du voeu du martyre (1637), date de la fondation de la congrégation de Jésus et Marie (1643).
  4. Cahiers eudistes n°19, pp.7 ss.
  5. P. Milcent, Vie mystique de saint Jean Eudes. Qu’en sait-on ? in Cahiers eudistes, 1998, n°19, pp.7-26.
  6. OC. 12, p.164
  7. En 1668, Jean Eudes écrit le : « Contrat d’une sainte Alliance avec la Sainte Vierge », texte quasi mystique où il exprime son amour pour la Vierge Marie. Voir P.Milcent, Un artisan du renouveau chrétien au XVIIè siècle. Saint Jean Eudes, Paris, Cerf, 1992 (2ème ed.), pp. 407 ss..
  8. P. Milcent, Vie mystique de saint Jean Eudes. Que sait-on ? In Cahiers eudistes, 1998, p.12
  9. Selon la belle formule de Bérulle : « Marie est pure capacité de Jésus. »
  10. OC.1, p.338
  11. OC. 8, p.147
  12. Cf. Vatican II, Lumen Gentium n°65 : « Dans l’exercice de son apostolat, l’Église regarde vers Celle qui engendra le Christ, afin de naître et grandir aussi par l’Église dans le cœur des fidèles. »
  13. OC. 6, P; 148
  14. R; de Pas, Marie, icône de Jésus. Textes de saint Jean Eudes. Procure des Eudistes, 1980, p.41. Voir aussi : Ma Vie c’est le Christ. Saint Jean Eudes et son message. Procure des Eudistes, 1993.
  15. OC. 3, p.216
  16. Cf. G. Defois, Le pouvoir et la grâce. le prêtre du Concile de Trente à Vatican II, Paris, Cerf, 2013, p. 77-78