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Le culte liturgique des Cœurs de Jésus et de Marie

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De manière synthétique, sont présentés ici quelques éléments importants de la doctrine et des écrits de saint Jean Eudes. Les références bibliographiques et les renvois au Lectionnaire de la Congrégation de Jésus et Marie permettent de prolonger l’étude de ces éléments.

Si la spiritualité du Cœur de Jésus s’est peu à peu développée 1 à partir du Moyen-Âge, comme dévotion privée, « Saint Jean Eudes fut l’auteur du premier office liturgique en l’honneur du Sacré-cœur de Jésus, dont la fête fut célébrée pour la première fois, avec l’approbation de nombreux évêques de France, le 20 octobre 1672. » 2 Cet office (office et messe) fut adopté, avant la mort de saint Jean Eudes (1680), par un certain nombre de communautés religieuses 3. On trouve également parmi les offices du Sacré-Coeur composés ultérieurement, des emprunts plus ou moins considérables à l’office du P. Eudes. Peu de temps après, les révélations privées (1673-1675) de Maguerite-Marie Alacoque, et l’appui de son directeur spirituel, saint Claude La Colombière, jésuite, donnèrent, progressivement, un grand essor à la dévotion au Sacré-Coeur.

Dans l’encyclique Haurietis Aquas, Pie XII définit clairement, par la notion de « culte », la dévotion au Sacré-Coeur dans l’horizon très large de l’amour même de Dieu :

« Le culte du Sacré-Coeur de Jésus, dans sa nature intime, est le culte de l’amour dont Dieu nous a aimés par Jésus, en même temps qu’il est l’exercice de l’amour que nous portons nous-mêmes à Dieu et aux autres hommes ; il consiste, en d’autres termes, à honorer l’amour de Dieu pour nous et a ce Dieu pour objet, afin de l’adorer, de lui rendre grâces, de vivre à son imitation ; et il tend à amener à son absolue perfection l’amour qui nous unit à Dieu et aux autres hommes, en nous faisant mieux pratiquer de jour en jour le commandement nouveau que le divin Maître laissa comme héritage sacré à ses disciples par ces mots : « Je vous donne un commandement nouveau, c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés… C’est mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34 Jn 15,12) » 4

Saint Jean Eudes, dans des perspectives très proches, parle du Cœur de Jésus comme « fournaise d’amour ». En instituant le culte liturgique du Cœur de Jésus – après celui du Cœur de Marie – la pasteur et le missionnaire normand cherche à faire entrer plus profondément le peuple chrétien dans la célébration – liturgique – de l’amour du Christ :

« Imaginez-vous que toute la charité, toutes les affections, toutes les cordialités et toutes les tendresses qui ont été,qui sont, et qui seront, et qui pourraient être dans tous les cœurs que la toute-puissante main de Dieu pourrait former, soient ramassées et unies dans un cœur assez grand pour les pouvoir contenir; tout cela ne serait-il pas capable de faire une fournaise d’amour inimaginable ? Mais sachez que tous les feux et les flammes de cette fournaise ne seraient pas une petite étincelle de l’amour immense dont le Cœur infiniment aimable de Jésus est embrasé au regard de nous » 5

Quand, en juillet 1672, Jean Eudes explique à ses confrère pourquoi et comment il leur demande de célébrer, le 20 octobre suivant, une messe et un office qu’il a composés en l’honneur du Cœur de Jésus, c’est une nouveauté. Mais même dans ces « nouveautés », que constitue son œuvre liturgique et doctrinale sur le Cœur du Christ, Jean Eudes se montre très conscient et très soucieux de s’inscrire dans une tradition ancienne, expression du mûrissement progressif de la dévotion au Cœur de Jésus. Ainsi, il choisit pour l’office du Cœur de Jésus des textes de saint Bernard, saint Bonaventure, saint Bernardin de Sienne. Quant aux leçons du bréviaire sur l’évangile de la messe (Jn 15, 9-17), le P; Eudes les prend chez Jean Chrysostome, chez Augustin et Cyrille d’Alexandrie pour lequel il manifeste une sympathie certaine, puisqu’il lui emprunte les homélies des six derniers jours de l’octave. 6

Le choix biblique des textes de la messe éclaire les perspectives du culte rendu au Cœur de Jésus. Jean Eudes choisit, en première lecture, le livre d’Ezéchiel (36, 23-27) et il explique ce choix : « Ô mon Dieu, que votre bonté est excessive, que votre amour est admirable vers nous ! Vous êtes infiniment digne d’être aimé, loué, glorifié ; nous avons une infinité d’obligations de vous aimer et glorifier ; mais parce que nous n’avons point de cœur ni d’esprit qui soit ni digne ni capable de nous acquitter de ces obligations, votre sagesse incompréhensible nous a trouvé, et votre bonté immense nous a donné un moyen admirable pour y satisfaire pleinement et parfaitement : c’est que vous nous avez donné l’Esprit et le Cœur de votre Fils, qui est votre propre esprit et votre propre Cœur, et vous nous l’avez donné pour être notre propre esprit et notre propre cœur, selon la promesse que vos nous en aviez faite par la bouche de votre prophète, en ces paroles : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai un esprit nouveau au milieu de vous. » (Ez 36, 26) 7

De même, il commente ainsi le texte d’évangile (Jn 15, 9-17) :

 » O cœur humain, un amour si ardent te touchera-t-il point? Te rendras-tu point? Te convertiras-tu point? Aimeras-tu point  celui qui a tant d’amour pour toi Filii hominum usquequo qravi corde ? Jusques à quand ton cœur demeurera-t-il enseveli  dans la boue et dans la fange de la terre, dans la fumée et dans les vanités de ce monde Veux-tu point aimer celui qui est tout cœur et tout amour pour toi, et qui te promet de te mettre en possession d’un empire éternel, si tu le veux aimer? Voilà tout ce qu’il demande de toi; car après avoir dit ces paroles: Je vous aime comme mon Père m’a aimé, il ajoute: MANETE IN DELECTIONE MEA: Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements,vous demeurerez en mon amour , comme j’ai gardé les commandements  de mon Père et suis demeuré en son amour.Après quoi il nous dit encore : Haec locutus sum vobis, ut gaudiun meum in vobis sit, et gaudium vestrum impleatur :«Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite et accomplie. » Et partant,voulez-vous donner une grande joie à votre Sauveur, et faire en sorte que votre cœur soit toujours joyeux et content, et que vous commenciez votre paradis en la terre? Aimez votre très aimable Sauveur par-dessus toutes choses, et aimez votre prochain comme vous-même; voilà tout. » 8

L’amour est bien l’objet du culte du Cœur de Jésus. Pastoralement (pédagogiquement), Jean Eudes montre comment Jésus possède les cœurs de tous ceux qu’Il aime, dans l’immensité de son Cœur. Il veut nous en faire don, pour qu’il soit notre « Grand Cœur », élargissant ainsi notre capacité d’aimer. Il nous permet alors d’aimer le Père et l’Esprit en vérité, et de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés 9. Le culte du Cœur de Jésus est ainsi un chemin de sanctification offert à tous les baptisés.

Le culte du Cœur de Marie se situe dans la même perspective : honorer sa capacité d’aimer, son amour. Jean Eudes précise :

« en honorant le Cœur de Marie, nous désirons honorer non pas quelque mystère, action ou qualité, ni même seulement la très digne personne de la Vierge, mais la source et l’origine de la dignité et sainteté de tout cela c’est-à-dire son amour et sa charité. » Venir au Cœur de Marie, c’est venir à la source, c’est venir à Jésus. Ainsi « ce Cœur admirable est l’exemplaire et le modèle de nos cœurs, et la perfection consiste à faire en sorte qu’ils soient autant d’images vives du très saint Cœur de Marie »  10

  1. « Seule une patiente progression devait permettre qu’un culte particulier soit enfin rendu à ce Coeur en tnt qu’image de l’amour humain et divin du Verbe incarné. » Pie XII, Haurietis Aquas, §50, (AAS 48 (1956) 309-353).
  2. ibid. § 51
  3. Ainsi, dès 1674, les bénédictines du Saint-Sacrement et l’abbaye royale de Montmartre l’introduisirent dans leurs propres monastères. Si bien que la butte Montmartre vit célébrer la fête du Cœur de Jésus deux siècles avant l’érection de la basilique qui domine Paris. Firent de même, les Bénédictines de Sainte-Trinité de Caen, les Ursulines de Lisieux, les Carmélites de Pontoise, de Caen, de Dieppe, etc. (cf. OC. 11, pp.182-183). Dans le courant issu de Paray-le-Monial; on puisa largement dans ces œuvres liturgiques en les utilisant parfois telles quelles : les disciples de sainte Marguerite-Marie se trouvaient à l’aise avec ces textes de saint Jean Eudes.
  4. ibid. § 60.
  5. OC 8, pp.350-352. Lectionnaire n°48, p.123
  6. Cf. OC 11, pp.466-511
  7. OC.6, pp.261. Lectionnaire n°45, p.117.
  8. OC. 8, pp. 281-282. Lectionnaire n°46, p.119
  9. Ce « Cor unum » traverse la messe et l’office de part en part. Nous trouvons ici une traduction vivante et efficace de l’adhérence bérullienne.
  10. OC; 6, p.148, Lectionnaire n°52, p.131.