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La doctrine baptismale de saint Jean Eudes : la grandeur du baptême : une alliance avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint

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De manière synthétique, sont présentés ici quelques éléments importants de la doctrine et des écrits de saint Jean Eudes. Les références bibliographiques et les renvois au Lectionnaire de la Congrégation de Jésus et Marie permettent de prolonger l’étude de ces éléments.

« [Au XVIIe siècle], saint Jean Eudes fut de ceux qui insistèrent beaucoup sur la place du baptême dans la vie chrétienne. Voilà qui pourrait bien avoir valeur d’appel pour nous, s’il est vrai que nombre de nos contemporains ont besoin de découvrir ou de redécouvrir la foi en son commencement, bien en deça de l’eucharistie. » 1

Dans leur souci de renouveler la vie chrétienne chez tous les fidèles (à l’époque, uniquement des baptisés, pas de catéchumènes), les évangélisateurs du XVIIè siècle ont été conduits à mettre à l’accent sur le sacrement de baptême, commun à toutes les catégories de chrétiens, engagés par lui dans la vie d’enfants de Dieu : » Ne croyez pas que ce soit une imagination d’une nouvelle piété, écrivait en 1635 l’oratorien Hugues Quarré, c’est le fondement du christianisme, le fonds et le principe de l’état de grâce »  2

Le maître livre de Jean Eudes –Vie et Royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes – s’inscrit dans cette perspective de renouveau de la vie chrétienne à partir de la redécouverte du baptême et de la richesse de ce sacrement, comme source de vie spirituelle et d’engagement dans le monde et dans l’Église.

Choisissant le thème du contrat d’alliance -en usage au 17°s. 3 -pour expliquer le baptême, Jean Eudes le traite cependant de manière originale.4 Ainsi malgré l’apparente identité de vocabulaire, il ne fait pas de référence explicite à la notion biblique d’alliance mais en garde l’idée : Dieu appelle le premier par pure grâce. Il va droit à la réalité, et cette réalité, c’est la « société » avec les personnes divines, telles que l’expriment Paul en 1 Co 1, 9 et Jean en 1 Jn 1, 3,5 deux versets bibliques où le mot societas de la Vulgate recouvre le grec koinonia, communion, partage, mise en commun : « Vous avez été appelés en l’alliance du Fils de Dieu » – « Nous sommes en société avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ« . Le baptême est le fruit d’un acte d’amour trinitaire. L’alliance admirable en laquelle il nous fait entrer n’a pas d’autre source que l’amour prévenant du Père, du Fils, de l’Esprit 6. Pour Jean Eudes, l’entrée dans l’Église que procure le baptême ne peut se dissocier de l’entrée en communion avec le Père, avec son Fils, dans l’Esprit. Quand l’homme ratifie son baptême, il ratifie le choix de Dieu sur lui. 7

Ainsi pour Jean Eudes, l’alliance baptismale est davantage un acte où Dieu s’engage et s’oblige envers nous qu’une alliance à parité. Il montre que l’Église ne baptise pas au nom de Dieu, ni même au nom de la Trinité désignée abstraitement) mais très précisément au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit 8 . Cette (re)découverte a été très forte au XVII°s. elle doit l’être autant aujourd’hui, tant il est souvent difficile de penser trinitairement la vie chrétienne :

 » Les trois Personnes divines sont présentes au saint Baptême d’une manière particulière. Le Père y est, engendrant son Fils en nous, et nous engendrant en son Fils, c’est-à-dire donnant un nouvel être et une nouvelle vie à son Fils dedans nous, et nous donnant un nouvel être et une nouvelle vie et en son Fils. Le Fils y est, prenant naissance et vie dans nos âmes, et nous communiquant sa filiation divine, à raison de quoi nous sommes faits enfants de Dieu, comme il est le Fils de Dieu. Le Saint Esprit y est, formant Jésus dans le sein de nos âmes, comme il l’a formé dans le sein de la Vierge. » 9

La relation de Création devient relation filiale 10 : enfant du Père, le baptisé est en relation personnelle de fraternité avec le Fils, et l’Esprit le marque de son sceau :

« Lorsqu’il vous a reçu en son alliance, comme l’un de ses membres, le Fils s’est obligé à vous regarder, aimer et traiter comme une partie de soi-même, comme os de ses os, chair de sa chair, esprit de son esprit, et comme celui qui n’est qu’un avec lui » 11

Ainsi le baptême est le point de départ et la source de l’union au Christ que tout baptisé est appelé à vivre, pour ne faire qu’un seul cœur avec Lui :

« Ce qui fait dire ces belles paroles à saint Grégoire de Nysse : Être chrétien, c’est n’être qu’un avec Jésus-Christ ; et par conséquent c’est faire profession de vivre de la vie de Jésus-Christ. Car, comme la vie du bras est une continuation et extension de la vie de la tête : ainsi la vie chrétienne est une continuation de la vie de Jésus sur la terre. »

Vivre son baptême sera renoncer -renoncement- à tout ce qui éloigne du Christ, et marcher -adhésion- sur le même chemin que Lui. 

Sans oublier pour autant les autres dimensions du baptême 12, le prédicateur Jean Eudes, durant ses missions, présente souvent le baptême comme entrée et participation à la vie trinitaire. Il cherche ainsi à raviver, chez ses auditeurs (tous baptisés), le sens de la grandeur et de la profondeur de ce sacrement, et des conséquences spirituelles et morales qu’il entraîne. Se manifeste ici le « génie missionnaire » de Jean Eudes qui choisit une porte d’entrée théologique difficile, mais au cœur même de la foi chrétienne -la Trinité -pour évangéliser 13: le projet missionnaire de Jean Eudes, de l’Église, c’est de montrer comment Jésus « a voulu nous faire entrer dans une société merveilleuse avec lui et avec son Père » 14.

Cette catéchèse de mise en lumière du sacrement de baptême rejoint -au-delà de l’image de contrat – des thèmes importants du dernier concile comme l’alliance scellée par le baptême, le sacerdoce des baptisés, l’appel à la sainteté, la responsabilité des laïcs et l’enracinement trinitaire du baptême. Elle constitue une perspective théologique et pastorale féconde pour penser aujourd’hui la vocation baptismale et approfondir les divers aspects d’une spiritualité de la vie laïque. Conscient de la richesse de cette réflexion de Jean Eudes sur le baptême, le théologien Michel Cancouët 15 de conclure :

C’est un simple exemple qui incite à faire entrer dans la réflexion de notre Eglise sur les sacrements qu’elle célèbre non seulement la catéchèse des Pères de l’Église ancienne mais aussi celle des spirituels du dix-septième siècle : Jean Eudes trouve sa place près d’Amboise, de Jean Chrysostome, de Théodore de Mopsueste, de Cyrille et d’Augustin » 16

  1. H. Bourgeois, L’initiation chrétienne et ses sacrements, Coll. Croire et Comprendre, Paris, Centurion, 1982, p.46
  2. Cité par M. Cancouët (article qui fait référence) in : La doctrine baptismale de saint Jean Eudes, Cahiers Eudistes n°04, 1978-1979, pp.83-101.
  3. M. Cancouët ibid.
  4. Voir aussi Saint Jean Eudes. Le baptême. (textes choisis et présentés par Paul Milcent), Coll. Foi vivante. Paris, Cerf, 1991
  5. Cités en OC.2, p.210
  6. Cf. « Les Entretiens intérieurs de l’âme chrétienne avec son Dieu« , OC. 2, p.168-190.
  7. Eph.1, 4 : « Dieu nous a élus dans le Christ avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard dans l’amour« .
  8. Cf. Lectionnaire propre à la Congrégation de Jésus et Marie, textes n°30 et 31.
  9. OC.1, p.517.
  10. Jean Eudes dans les Entretiens intérieurs de l’âme chrétienne avec son Dieu – l’ouvrage sans doute le plus travaillé théologiquement – fait le lien entre l’homme créé et l’homme baptisé, dans le double appel de Dieu sur la vie de l’homme, créé et appelé à la filiation. Cf. OC. 2, pp.13-194
  11. OC.2, p.214-218. Lectionnaire n°31.
  12. Par exemple le baptême : nouvelle naissance (cf. Lectionnaire n°27), mort et résurrection (n°28).
  13. La nature et l’activité missionnaires de l’Eglise s’inscivent fondamentalement dans une perspective trinitaire : « De sa nature, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père. » Concile Vatican II, Ad Gentes §2. Voir aussi Lumen Gentium §2-4
  14. OC. 2, p.208
  15. Le P.M. Cancouët, cjm (+2013), fut expert au Concile Vatican II (Cf. L’Afrique au concile : Journal d’un expert, Édité par D. Moulinet, Presses universitaires de Rennes, Rennes, avril 2013
  16. M. Cancouët, Ibid. p.102