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La prière eudiste

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"La prière à quatre temps"

Homme de prière, Jean Eudes avait à cœur de permettre à tous d’entrer dans une démarche spirituelle simple et accessible. Ainsi, il composa tout au long de sa vie, tant pour ses frères et sœurs de ses fondations, que pour tous les chrétiens, des prières pour tous les moments de la journée, pour les grands événement de la vie, pour les grandes fêtes de l’Église. Une des prières les plus explicites de sa spiritualité est « la prière d’avant-midi ». Cette forme typique de l’oraison eudiste est à l’origine créée pour un temps de reprise communautaire, bref et intense. L’intérêt de cette prière, courte et partagée, réside dans la « structure » que Jean Eudes lui a donnée. C’est un mouvement stable, un geste « invariant » qui se déroule en quatre temps. Plus qu’un simple exercice de prière, ce mouvement, que l’on peut conjuguer diversement en respectant l’ordre proposé, rejoint la dynamique de la vie chrétienne. Voici deux exemples de cette prière :

1. ADORONS Dieu envoyant son Fils au monde,
et Jésus Christ envoyant ses Apôtres comme le Père l’a envoyé.
2. REMERCIONS notre Sauveur d’être venu parmi nous,

d’avoir fondé son Eglise et de nous faire participer à sa mission.
3.DEMANDONS-LUI PARDON d’avoir été négligents dans notre mission,

ou d’avoir mal agi par nous-mêmes et non comme ses envoyés.
4. DONNONS-NOUS A LUI pour qu’il nous envahisse de son Esprit missionnaire

toujours à l’œuvre dans l’Église.

***

1. ADORONS Dieu édifiant et organisant son Église
par la puissance de l’Esprit Saint.
2. REMERCIONS-LE d’assigner à chaque homme,
et à chacun de nous en particulier une place et un rôle propre
dans le Corps Mystique du Christ
3. DEMANDONS-LUI PARDON d’avoir mal fait valoir ses dons,
ou d’en avoir usé pour notre satisfaction personnelle.
4. DONNONS-NOUS A LUI pour qu’il nous rende attentifs à son action
et prêts à prendre notre part dans l’œuvre du salut du monde.

1. ADORONS

  • La prière débute toujours par un temps d’adoration. Il s’agit de reprendre conscience du mystère éblouissant de Dieu, du Dieu trois fois saint comme le dit Isaïe dans sa célèbre vision (Is. 6), et de marquer avec un respect infini la « distance » qui nous sépare de Dieu. L’homme est décentré de lui-même, de ses préoccupations, de ses propres « œuvres » ; il déplace le centre de gravité de sa vie ; il contemple, et sa vie renaît de cette contemplation même.
  • Ce mouvement d’adoration ne connaît pas de domaines réservés, il s’agit de reconnaître le mystère de Dieu aussi bien « en lui-même » que « pour nous ». Les événements du salut ne sont pas moins mystérieux ni adorables que la vie intime de Dieu en lui-même.
  • Comme toujours chez Jean Eudes, l’adoration continue et accomplit celle que Jésus a mené « en la terre ». Notre prière est participation à la prière filiale du Fils. Par lui, avec lui et en lui, nous « adorons le Père en esprit et en vérité » (cf. Jn 4, 22-24)

 

2. REMERCIONS

  • L’adoration libère, dans un second temps, toutes les capacités de gratitude qui sont en nous. Adorer, s’émerveiller, c’est dire merci. Il est caractéristique de voir cette attitude fondamentale envahir peu à peu la vie même de saint Jean Eudes, lequel avait un caractère assez rude et assez entier. Dans sa vie de prêtre missionnaire, il s’est peu à peu dépouillé de lui-même à travers des épreuves très lourdes à porter : bien loin de le raidir, de le faire verser dans la rancune ou le ressentiment, ce chemin a ouvert et libéré en lui des capacités de rendre grâce, que lui-même ne soupçonnait pas.
  • Aussi la gratitude est-elle un élément fondateur de la vie de prière. Mais là encore, avant de dire merci pour le passage de Dieu dans notre vie, pour les merveilles déployées par Dieu en notre histoire, il convient de rendre grâce pour ce que Dieu est en lui-même et pour nous. La vie chrétienne est un magnificat, et nous continuons et accomplissons l’action de grâce permanente de Jésus lui-même.

 

3. DEMANDONS PARDON

  • Les deux premiers temps de la prière eudiste son marqués par un décentrement de nous-mêmes : d’abord adorer Dieu puis le remercier. Ce n’est que dans un troisième temps, éclairé par le mouvement des deux premiers que nous pouvons faire retour sur nous-même et y faire la vérité. La rencontre de Dieu est toujours une prise de conscience de la distance qui nous sépare de lui, en même temps que de la proximité extrême de sa miséricorde inaltérable, indéfectible. C’est la reconnaissance de l’amour qui provoque en nous le geste de demande de pardon.
  • Oser demander pardon n’écrase donc pas, mais au contraire libère. Le troisième temps est bien à sa place, après et « sous » les deux premiers. De ce fait, nous ne sommes pas enfermés dans la culpabilité, mais appelés à une responsabilité nouvelle.
  • Certes, ici nous ne pouvons pas continuer et accomplir la vie de Jésus en nous, puisque Jésus est sans péché. Mais nous mesurons aussi, dans ce temps de prière, toute la gravité de son affrontement au mal et au péché des hommes. Nous sommes tous pécheurs, et notre prière n’est vraie en Lui qu’à la condition d’être en état de conversion permanente. Nous continuons de demander le pardon déjà offert.

 

4. DONNONS-NOUS

  • La conversion, l’accueil du pardon déjà offert, provoquent enfin en nous un nouvel élan : nous remettre en route pour répondre à notre vocation baptismale dans le monde ; nous donner de nouveau au service des autres, dans l’abandon à l’Esprit et dans la disponibilité la plus radicale, c’est-à-dire reprendre le chemin vers la sainteté.
  • La prière est donc ici appel à l’Esprit ; c’est une sorte de petite « épiclèse » : nous prions le Père d’envoyer en nous l’Esprit de Jésus afin que nous puissions continuer, accomplir « les états et mystères de Jésus », et pour que nous puissions continuer, par là, de « former » Jésus en nous. il y a appel à la responsabilité, à la liberté, à la croissance, à la plénitude de notre vie… qui sont fruits de l’accueil et du travail de l’Esprit Saint en nous.
  • Le don de soi est le « oui » à la volonté de Dieu Saint Jean Eudes termine par ce 4ème temps, parce que c’est là, et là seulement que l’abandon à la volonté de Dieu peut prendre toute sa force, c’est là que nous pouvons remettre résolument, grâce à l’Esprit, nos pas dans ceux de Jésus, qui n’a pas eu d’autre nourriture que sa propre faim : accomplir la volonté du Père.

 

Finalement, les quatre temps de la prière eudiste structurent notre relation à Dieu 1. Les deux premiers temps ont apport à Dieu-même, les deux derniers nous ramènent à notre statut d’hommes pécheurs, mais appelés à la vie en abondance, et à témoigner de cette vie donnée. Ce sont les quatre saisons de la prière. Ajoutons que cette « prière d’avant-midi » est communautaire : la prière est célébration de Dieu et grandit en force et en intensité d’être partagée par des baptisés. La prière resserre les liens de la communion avec Dieu et entre nous. La prière est ainsi une charge et une grâce qui nous sont communes. Dans la prière aussi, nous sommes ensemble pour la mission.

  1. Voir : Itinéraire spirituel pour aujourd’hui avec saint Jean Eudes. Coll. Eds. Droguet & Ardant, 1993.